La suppression du christianisme dans son berceau natal
Non, l’Israël n’est pas l’ami de Jésus
Par Philip Giraldi
Ma réécriture de la célèbre citation de Lord Palmerston concernant les « intérêts » afin qu’elle reflète la réalité d’Israël et de ses puissants alliés serait à peu près la suivante :
« Je dis que c’est une politique étriquée de supposer qu’Israël doit être présenté comme l’allié éternel ou l’ami perpétuel des États-Unis et des valeurs occidentales éclairées. Israël n’a pas d’alliés éternels. Ses intérêts sont certes perpétuels, mais ils sont centrés sur sa propre réussite à se présenter agressivement comme la victime tout en défendant ses propres intérêts tribaux. » J’avoue que j’ai tendance à penser souvent à l’ennemi que nous, chrétiens occidentaux, nourrissons depuis des décennies dans un esprit de tolérance, une vipère qui ne cherche qu’à nous corrompre puis à nous détruire, particulièrement manifeste en cette période de l’année où la vie et la mort de Jésus-Christ devraient être célébrées à juste titre. Hélas, dans l’Israël d’aujourd’hui, ce qui est véritablement remarquable, c’est la répression ouverte de l’identité et du culte chrétiens par le gouvernement, sans aucune protestation de Washington ni des autres nations prétendument chrétiennes d’Europe.
En effet, le christianisme au Moyen-Orient est en voie de disparition en raison de la pression exercée par Israël pour rendre la vie et la pratique religieuse des Palestiniens aussi difficiles que possible ; certes, il y a aussi des problèmes régionaux plus vastes, notamment les sanctions israéliennes et américaines et les « changements de régimes» [voulus, provoqués et mis en œuvre par les gouvernements israélien, états-unien et d’autres] dans des pays comme la Syrie et le Liban, qui abritaient jusqu’à récemment d’importantes minorités chrétiennes. Les chrétiens, en général, trouvent plus facile d’émigrer vers des pays plus accueillants que les musulmans locaux, car ils ont souvent de la famille établie à l’étranger pour les aider dans leur démarche.
La marginalisation des chrétiens en Israël, récemment accentuée par la législation sur l’apartheid et la déclaration parlementaire d’Israël comme État juif, existe depuis longtemps, mais elle est particulièrement grave cette année pour Noël et Pâques, les autorités israéliennes refusant d’autoriser les rassemblements pour les offices religieux et autres célébrations. Seuls 6 000 laissez-passer de sécurité ont été délivrés par les Israéliens aux chrétiens palestiniens de Cisjordanie pour célébrer le dimanche des Rameaux et Pâques à Jérusalem cette année, contrairement aux années précédentes où il y avait 50 000 participants. En conséquence, de nombreuses célébrations et les défilés habituels ont été annulés.
Le Père Ibrahim Faltas OFM, Vicaire de la Custodie de Terre Sainte à Jérusalem, a décrit comment « malgré plusieurs réunions de haut niveau, nous n’avons pas pu obtenir davantage de permis », rappelant que les chrétiens de Cisjordanie sont confrontés à de nombreuses restrictions à leur liberté de mouvement tout au long de l’année et attendent Pâques pour se rendre à Jérusalem afin de prier sur les Lieux Saints. Par ailleurs, d’anciennes églises de Gaza ont été bombardées et détruites au cours de l’année écoulée, probablement par décision délibérée, créant un sentiment de dépression parmi les fidèles, par ailleurs très conscients du massacre de leurs compatriotes palestiniens, dont beaucoup sont chrétiens, par l’armée israélienne (FDI). Le 13 avril, dimanche des Rameaux, une frappe aérienne matinale a détruit les services de consultation externe et de laboratoire de l’hôpital arabe Al-Ahli, géré par l’Église anglicane de Gaza. Les débris de la frappe ont atteint l’église grecque orthodoxe Saint-Porphyre voisine, qui se préparait pour la célébration du dimanche des Rameaux, ainsi que les membres sans abri de la communauté locale résidant dans l’enceinte de l’église. Cet incident a accru le désespoir de toute la communauté chrétienne. Le directeur d’une agence d’aide catholique a décrit comment « les chrétiens étouffent et sont piégés dans leurs propres gouvernorats (provinces) et villes, incapables de voyager librement sans harcèlement parce qu’ils ont besoin de permis spéciaux… » Ceci en dépit du fait qu’il n’y a jamais eu de violence ou de troubles politiques associés au mouvement des pèlerins, de sorte que ces vexations sont largement considérées comme l’amplification, purement et simplement, du harcèlement de la part des autorités israéliennes.
Certes, la communauté chrétienne et les chefs religieux sont conscients de la situation et ont protesté auprès des autorités israéliennes apparemment compétentes, mais en vain. Leur cause serait renforcée si les pays majoritairement chrétiens, comme les États-Unis et l’Europe, s’exprimaient et faisaient pression sur Israël pour obtenir un traitement équitable des chrétiens. Cependant, ils restent généralement silencieux, corrompus et intimidés par les diverses manifestations du lobby pro-israélien actif dans leurs pays. De même, les médias de ces pays sont très prudents quant à ce qu’ils publient ou disent sur Israël ou les Juifs, car toute critique est un délit dans de nombreuses juridictions, ce qui est de plus en plus le cas aux États-Unis, et c’est lié aux expulsions sans preuves de ceux qui s’opposent à ce qui se passe à Gaza.
Le rapport annuel du Centre Rossing , une organisation basée à Jérusalem et dédiée à la coexistence interreligieuse, a recensé 111 cas de harcèlement et de violence contre la communauté chrétienne en Israël et à Jérusalem-Est en 2024. Le rapport a révélé un climat d’hostilité qui, selon l’une des auteures de l’étude, Federica Sasso, ne représente que « la partie émergée de l’iceberg d’un phénomène bien plus vaste ». Sur les 111 cas d’agression signalés, 47 étaient des agressions physiques, principalement par crachats, un comportement qui a évolué d’actes subtils en démonstrations ouvertement agressives. Dans plusieurs quartiers, notamment dans la Vieille Ville de Jérusalem, prêtres, religieuses, frères et moines « facilement identifiables » sont exposés à ces attaques au quotidien, avec une intervention rare des autorités israéliennes.
Il y a plusieurs années, Pierbattista Pizzaballa, chef de l’Église catholique romaine en Israël, déclarait que les chrétiens étaient confrontés à des défis difficiles, en particulier depuis la formation du dernier gouvernement d’extrême droite de Netanyahou en décembre 2022. Selon Pizzaballa, son gouvernement a enhardi les militants religieux ultranationalistes, dont beaucoup sont des colons armés, et dont certains ont harcelé des membres du clergé, hommes et femmes, et vandalisé des biens religieux. Pizzaballa a observé que « la fréquence de ces attaques, ces agressions, est devenue un phénomène nouveau. Ces personnes se sentent protégées… le climat culturel et politique peut désormais justifier, voire tolérer, des actions contre les chrétiens. »
Un collègue, Francesco Patton, Custode de Terre Sainte, a expliqué : « Nous sommes horrifiés et blessés par les nombreux incidents de violence et de haine qui ont récemment eu lieu contre la communauté catholique en Israël. » Il a décrit la profanation d’un cimetière luthérien, la destruction d’une salle de prière maronite, des gens qui viennent uriner sur des lieux saints, la destruction d’images sacrées et l’inscription « Mort aux chrétiens » sur des bâtiments d’églises, tous ces événements survenus peu après l’installation du nouveau gouvernement Netanyahou. Il a également souligné « la responsabilité des dirigeants, de ceux qui détiennent le pouvoir », ajoutant que la police israélienne omettait systématiquement d’enquêter sur de tels incidents après leur signalement par les églises.
Pour vérifier la véracité des allégations de violence accrue et de crimes haineux contre les chrétiens, le journal israélien de tendance libérale Haaretz a envoyé, le 26 juin, un de ses journalistes déguisé en prêtre dans le centre-ville de Jérusalem. En moins de cinq minutes, le journaliste Yossi Eli « a été raillé et on lui a craché dessus, notamment, un enfant et un soldat s’acharnant… Un peu plus tard, un homme s’est moqué de lui en hébreu, disant : “Pardonne-moi, mon père, j’ai péché.”” Puis un enfant de 8 ans lui a craché dessus, tout comme un autre soldat au passage d’un groupe de soldats.
Compte tenu de la situation sur le terrain, le Comité américano-arabe de lutte contre la discrimination (ADC) a demandé une enquête sur le rôle que jouent actuellement les colons binationaux israélo-américains dans la récente vague de violences dirigée contre les villes et villages palestiniens, chrétiens et musulmans. Le directeur exécutif de l’ADC, Abed Ayoub, a déclaré : « Nous avons de fortes raisons de croire que des citoyens américains figurent parmi les principaux auteurs des attaques brutales et violentes les plus récentes. » Depuis le 21 juin , des groupes armés de colons israéliens terrorisent presque quotidiennement les villages palestiniens de Cisjordanie. Ils ont détruit des maisons, incendié des véhicules et tué au moins un Palestinien. Depuis des décennies, des citoyens américains s’installent dans les colonies israéliennes, qu’ils utilisent comme bases pour commettre régulièrement des violences contre les Palestiniens, en toute impunité, la police et l’armée israéliennes n’offrant aucune protection aux Arabes et protégeant souvent les colons. Nombre de ces citoyens américains profitent également de la législation fiscale américaine sur les organisations caritatives et à but non lucratif pour financer des colonies illégales et commettre des violences contre les Palestiniens.
Lors d’un autre incident majeur, des dizaines d’extrémistes israéliens, principalement des juifs orthodoxes, ont perturbé une prière chrétienne pour des pèlerins près du Mur occidental. Le maire adjoint de Jérusalem, Aryeh King, et le grand rabbin Avi Thau étaient à la tête des manifestants. Dénonçant les chrétiens comme des « missionnaires » cherchant à convertir les juifs, les extrémistes ont craché et insulté les pèlerins, dont beaucoup étaient, ironiquement, des chrétiens évangéliques américains, d’ordinaire farouchement pro-israéliens. Le maire adjoint King a déclaré que les chrétiens ne devraient jouir de la liberté de culte « qu’à l’intérieur de leurs églises ».
Selon Protecting Holy Land Christians , une organisation créée par des groupes chrétiens pour sensibiliser le public aux menaces qui pèsent sur leur religion, d’autres témoignages font état de persécutions croissantes à l’encontre des chrétiens. Un rapport récent détaille la manière dont les Palestiniens sont la cible de ce qu’il appelle le colonialisme de peuplement, une série de mesures visant à détruire leurs communautés et à les chasser de leurs terres. Il identifie sept politiques utilisées par Israël contre les Palestiniens dans toute la Palestine mandataire (Palestine de 1948, Gaza, Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est) et également pour punir les exilés : « refus de résidence ; confiscation et refus d’utilisation des terres ; planification discriminatoire ; refus d’accès aux ressources naturelles et aux services ; imposition d’un régime de permis ; fragmentation, ségrégation et isolement ; refus de réparations ; et répression de la résistance. » Le rapport conclut : « Que ces politiques soient considérées séparément ou conjointement, elles constituent un transfert forcé de population, une grave violation du droit international humanitaire (DIH). »
Récemment, ces mesures fondamentalement génocidaires ont inclus le vol pur et simple de leurs bâtiments et terrains historiques par le gouvernement, ainsi que le déni d’autres droits, notamment le refus croissant d’autoriser les rassemblements de fidèles dans les églises existantes lors des grandes fêtes comme Noël et Pâques. On a également recensé de nombreuses agressions physiques contre des chrétiens perpétrées par des juifs extrémistes, ainsi que des profanations de sites religieux chrétiens et la destruction ou la dégradation de reliques et de statues chrétiennes. Une conférence organisée à Jérusalem en juin 2023 pour aborder la question de la violence croissante contre les chrétiens a attiré plusieurs diplomates, universitaires et représentants de groupes religieux, mais elle a été boycottée par le ministère israélien des Affaires étrangères. L’ambassade des États-Unis n’a pas non plus envoyé de représentant ni d’observateur, indiquant clairement qu’elle ne s’intéressait pas à la situation critique des chrétiens en Israël, ou plutôt qu’elle refusait même d’admettre l’existence d’un problème.
Il est intéressant de noter que le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, extrémiste de droite et leader du mouvement des colons, est sur le point d’ arriver à Washington et sera traité avec le plus grand soin par les suspects habituels. Il a ouvertement exprimé sa volonté d’expulser tous les Palestiniens, chrétiens comme musulmans, de la Palestine historique et est à l’origine d’une loi rendant parfaitement légal et sans conséquence le meurtre d’un Palestinien par un soldat, un policier ou un colon armé. Son voyage comprendra des escales en Floride et à Washington, où il doit rencontrer des responsables américains, des personnalités influentes du Parti conservateur et des dirigeants de la communauté juive. La rencontre la plus importante de son programme est celle avec la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem. Ben Gvir, qui dirige le système pénitentiaire israélien, a prôné une solution simple pour gérer les détenus indésirables de son pays. « Il est regrettable que j’aie eu à me demander ces derniers jours si les prisonniers palestiniens devaient recevoir des paniers de fruits », a-t-il déclaré l’année dernière. « Ils devraient être tués d’une balle dans la tête. » Joe Biden, qui se décrit lui-même comme sioniste, avait en réalité bloqué son entrée aux États-Unis, le jugeant « trop extrémiste », mais comme nous l’avons vu, Donald Trump n’est pas si tâtillon.
Voilà. Le gouvernement israélien de Netanyahou ne s’intéresse guère aux droits de l’homme pour quiconque n’est pas juif conservateur ou orthodoxe. Il est, en réalité, foncièrement hostile à tous les Palestiniens et étrangers, qu’ils soient musulmans, chrétiens ou même athées. Il les dénigre régulièrement en les qualifiant de « untermenschen », ce que les Allemands des années 1930 appelaient « sous-hommes », un terme alors utilisé pour décrire les Juifs, ironiquement. Que les États-Unis ignorent tous les crimes de guerre et les violations des droits de l’homme commis par Israël est honteux, mais normal, car les Juifs américains, défenseurs d’Israël, ont corrompu et pris le contrôle du processus politique. Et n’allez pas croire une seule seconde que les dirigeants israéliens se soucient des États-Unis et de leur peuple, dont la majorité est, au moins nominalement, chrétienne. Rappelez-vous un instant comment l’ancien Premier ministre Ariel Sharon parlait des Américains lors d’une discussion avec le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres : « Chaque fois que nous faisons quelque chose, vous me dites que les Américains vont faire ceci et cela. Je veux vous dire une chose très claire : ne vous inquiétez pas des pressions américaines sur Israël. Nous, le peuple juif, contrôlons l’Amérique, et les Américains le savent. » Et plus récemment, Netanyahou a déclaré : « L’Amérique est une chose que l’on peut faire bouger très facilement, faites-la bouger dans la bonne direction. » C’est ce qu’ils pensent vraiment de nous.
Philip M. Giraldi, Ph.D., est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation éducative déductible des impôts (numéro d’identification fédéral 501(c)3) qui œuvre pour une politique étrangère américaine au Moyen-Orient davantage axée sur les intérêts des citoyens. Son site web est councilforthenationalinterest.org, son adresse est PO Box 2157, Purcellville, VA 20134 et son adresse courriel est [email protected]
https://www.unz.com/pgiraldi/the-suppression-of-christianity-in-its-birthplace/
