L’expérience invisible : la torture neurobiologique des coupures de courant continue à Cuba
[Les Cubains** passent actuellement jusqu’à 60 heures d’affilée sans courant électrique, depuis la batterie de « sanctions » aggravées [pour le crime de résistance à l’impérialisme judéo-américain depuis plus de 60 ans] imposées par Marco Rubio en janvier 2026. Et cela s’aggrave, parce que les centrales électriques vétustes tombent en panne, et ne peuvent pas être réparées, justement à cause du blocus américain qui étrangle Cuba, empêchant toute importation de pétrole et toute aide humanitaire conséquente, tout en dissuadant toute entreprise étrangère de s’implanter dans le pays, malgré les nouvelles lois cubaines encourageant entreprises privées nationales ou étrangères, pratiquement sans limites. Narco Rubio ne veut ni transition, ni négociation, ni injection de capital états-unien dans l’économie cubaine, ni réconciliation des Cubains entre eux : selon les méthodes de son maître Netanyahou, il veut juste la guerre sans fin, comme dans les sièges médiévaux, jusqu’à la capitulation, qui sera suivie immanquablement de représailles sans fin, et sans fond, sous prétexte de faire payer à Cuba pour les propriétés américaines expropriées par Fidel Castro en 1959 (80% de ces propriétés appartenaient à la mafia dirigée par Meyer Lansky, le patron du crime organisé qui sévissait à Cuba dans les années 1950, considéré comme un héros en Israël.]
Vivre dans le noir pendant plus de six mois la majeure partie de la journée et compter sur une petite « fenêtre » de seulement deux heures au milieu de la nuit,[disons pudiquement] tôt le matin — de 3h00 à 5h00 ou de 4h00 à 6h00 — pour faire la cuisine, le ménage, la lessive et le reste n’est pas une simple crise au niveau des services. Selon toutes les sciences médicales, neurosciences et psychologie médico-légale, soumettre un peuple à cette routine pendant une longue période constitue un mécanisme d’épuisement humain extrême et de torture psychologique indirecte. [Une précision : les Cubains n’ont pas de cuisinières électriques, ils utilisent plutôt le gaz, qui manque cruellement; ils se rabattent sur le charbon de bois, qui commence à manquer sérieusement ou bien qui est hors de prix, comme toutes les denrées indispensables. Ils en sont à casser à la hache les bancs publics pour se procurer du bois, et donc manger quelque chose de cuit. En France nous nous plaignons de la chaleur cet été : là bas les gens dorment par terre, sur le carrelage, pour se rafraîchir : ventilateurs, climatiseurs sont des fantasmes d’époques révolues… ]
Lorsque cette situation dure six mois, le corps et l’esprit cessent de « s’adapter » et entrent dans un état d’effondrement chronique. Voici l’explication scientifique de ce que ce rythme forcé fait à l’être humain :
- Dommages physiques cumulatifs : effondrement multi-organe
Le corps humain est régi par une horloge biologique interne (rythme circadien). Maintenir l’altération de ce cycle pendant plus de six mois entraîne une détérioration physique sévère :
- Saturation de l’axe HPA et cortisol élevé : Forcer le corps à se lever brusquement à 3h du matin pour effectuer un travail physique intensif déclenche des niveaux violents de cortisol et d’adrénaline dans la phase où le corps devrait réparer la fatigue de la journée. Maintenir cela pendant des mois détruit le système cardiovasculaire, déclenche la pression artérielle et accélère le vieillissement cellulaire.
- Déficit de relecture profonde du sommeil : perturber les pauses repos entraîne le sommeil à ondes lentes (où le système glymphatique « lave » les toxines du cerveau) et le sommeil paradoxal. Après six mois de fragmentation, le système immunitaire s’effondre, rendant le corps vulnérable aux infections et à la fatigue chronique.
- Destruction métabolique et digestive : Cuisiner et manger à des heures inhabituelles sous une tension constante modifie radicalement le système digestif, générant une gastrite sévère, un reflux chronique et des déséquilibres métaboliques permanents.
- Dommages psychologiques : mutilation émotionnelle et hypervigilance
Sur le plan mental, la privation prolongée de repos a le même impact que la violence physique directe :
- Hypervigilance permanente : Même lorsque la personne essaie de dormir, son amygdale cérébrale reste activée, attentive au clic de l’interrupteur ou au bruit du ventilateur. Vivre six mois dans cet état de « combat ou fuite » épuise les réserves de neurotransmetteurs tels que la sérotonine et la dopamine.
- Impuissance apprise et implosion émotionnelle : Après six mois sans contrôle sur son propre temps ni sur les besoins les plus élémentaires, le cerveau assimile que « rien de ce que vous ferez ne changera votre réalité ». Cela déclenche des états profonds de dépression clinique, d’apathie et une perte totale d’espoir.
- Trouble cognitif (brouillard cérébral chronique) : La privation systématique de sommeil détruit la capacité du cortex préfrontal. La mémoire à court terme faiblit, la concentration disparaît, et la personne en vient à fonctionner uniquement en mode « survie » automatisé.
- Annulation prolongée de la dignité humaine
Au-delà des indicateurs médicaux, maintenir cette dynamique pendant six mois transforme l’existence en une lutte primitive :
- La vie réduite à la subsistance : les loisirs, le développement personnel, les études et la vie de famille disparaissent complètement. Toute l’énergie mentale de l’individu est consacrée exclusivement à planifier comment survivre aux prochaines 24 heures.
- Violence structurelle : Forcer une population entière à sortir, dans une attitude de fuite éperdue au milieu de la nuit pendant des mois pour quelques garanties telles que se procurer de l’eau, de la nourriture propre ou des vêtements secs est une forme de violence qui érode silencieusement la dignité d’une personne.
Conclusion scientifique :
Lorsque la panne cesse d’être un événement temporaire et devient une condition de vie pendant plus de six mois, le problème n’est plus le manque d’électricité. La science le confirme : priver l’être humain de repos, de stabilité et de prévisibilité pendant longtemps, c’est détruire, silencieusement et systématiquement, sa santé physique, son esprit et sa liberté.
- Lecteurs cubains, [mais aussi de tous les camps de concentration à ciel ouvert où se retrouvent entassés les déplacés, les réfugiés, les chassés de leur terre ancestrale, avec en particulier les Gazaouis, soumis à toutes les formes de torture sophistiquée par des bourreaux « à la pointe des innovations en biotechnologies et en matière de contrôle social »], partagez cet article afin que les gens comprennent ce qu’ils vivent d’un point de vue scientifique [et qu’ils en retrouvent, en comprenant mieux qui sont leurs bourreaux et ce qu’ils veulent, une partie non négligeable de leur dignité et de leur puissance de résistance. Une lecture vivement recommandée : La Gazification de Cuba comme technologie du pouvoir impérial . L’auteur est poète, journaliste, et recteur de l’Université des arts, à La Havane].
- * L’auteur se déclare serrurier, travaillant légalement à son compte à La Havane. Il a probablement été, dans une vie antérieure, médecin et professeur de médecine, probablement jusqu’en 1992, lorsque l’Union soviétique s’effondrant, le capitalisme et l’inflation ont dramatiquement appauvri chaque secteur de la société cubaine non lié à l’activité touristique ou illégale. L’école psychiatrique cubaine comporte des personnalités reconnues à l’échelle internationale (ndt).
- ** Toutes les annotations entre crochets sont de la traductrice, Maria Poumier.
