Magnifica Humanitas et la grammaire cachée de l’Intelligence Artificielle.

Extrait de l’article de E. Michael Jones paru dans la revue CultureWars, n° 4508, juillet août 2026, p. 22-28.

L’IA n’est pas moralement neutre. [a]

Le pape Léon ne le dit pas explicitement dans son Encyclique *Magnifica Humanitas*, mais l’IA constitue un défi direct à l’autorité de l’Église. C’est donc avec un sentiment d’anticipation et de soulagement que j’ai lu dans *Magnifica Humanitas*, l’encyclique du pape Léon XIV intitulée « Sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle », que l’IA n’est pas « moralement neutre » :

En réalité, tout outil technique incarne des choix et des priorités à travers ce qu’il mesure, ce qu’il ignore et ce qu’il optimise, ainsi que la manière dont il classe les personnes et les situations. Si un système est conçu ou utilisé de manière à traiter certaines vies comme ayant moins de valeur, ou les exclut sans possibilité de recours, alors il ne s’agit pas simplement d’un outil « à utiliser à bon escient », puisqu’il a déjà introduit des critères qui contredisent la dignité inaliénable de la personne humaine. C’est pourquoi le discernement éthique ne peut se limiter à se demander si nous utilisons un système à des fins bonnes ou mauvaises ; il doit également examiner comment ce système est conçu et quelle vision de la personne humaine et de la société est ancrée dans les données et les modèles qui le guident. [1]

L’IA n’est pas seulement « non neutre » ; elle n’est pas non plus l’intelligence humaine guidée par un corps et un esprit dans lesquels sont inscrits les principes de la raison pratique. Les plateformes d’IA « doivent être évaluées en posant une question cruciale : aident-elles véritablement les individus et les peuples à devenir plus humains et fraternels, tout en respectant notre maison commune et les générations futures ? »[2]

Le pape Léon XIV décrit ensuite le « danger subtil » qui se cache derrière l’aura d’impartialité scientifique de l’IA, « car lorsque les systèmes d’IA se présentent comme neutres et objectifs, ils finissent par refléter et renforcer les stéréotypes ou les préjugés idéologiques de leurs concepteurs et développeurs », en l’occurrence le SPLC, qui est une organisation juive [a]. Icône de Vierge à l'EnfantLe mot « juif » n’apparaît jamais dans *Magnifica Humanitas*. En conséquence, ce document propose un remède avant même d’avoir diagnostiqué la maladie. Ce remède, c’est la doctrine sociale de l’Église, dont le point de départ est l’encyclique *Rerum Novarum* de son prédécesseur et homonyme, le pape Léon XIII.[3] Le pape Léon XIII réagissait alors au sort des ouvriers, contraints de vendre leur force de travail au prix le plus bas possible, sans égard pour le coût humain découlant de cette transaction abusive. Ferdinand Lassalle a qualifié cette course vers le bas de « loi d’airain des salaires ». *Magnifica Humanitas* s’inspire du pape Léon XIII, qui :

place la dignité du travail et des travailleurs au premier plan de sa réflexion ; affirme le droit à un salaire équitable pour soi-même et sa famille ; reconnaît que les personnes ont une valeur fondamentale qui prime sur le capital et le profit ; défend la propriété privée ainsi que son rôle social indispensable ; estime les associations de travailleurs ; et propose des formes de coopération entre les différentes composantes de la société comme alternative à la mentalité de lutte des classes.[4]

Le principal défenseur de la lutte des classes était Karl Marx, dont le magnum opus, Das Kapital, parut en 1867. Marx mena ses recherches au British Museum, où il développa une attitude particulièrement ambivalente envers le capitalisme anglais, qu’il admirait tout en cherchant à le détruire. Marx, à l’instar de Proudhon, considérait que la propriété était un vol, mais il admirait le libre-échange, précisément parce qu’il faisait baisser les salaires et conduirait ainsi à la révolution. L’évêque Wilhelm Emmanuel von Ketteler s’opposait à ces deux extrêmes, mais surtout à la base matérialiste du communisme et du capitalisme, qui déshumanisait le travailleur en considérant son travail comme une marchandise. L’ouvrage de l’évêque von Ketteler, Die Arbeiterfrage und das Christenthum (« La question ouvrière et le christianisme »), fut publié pour la première fois en 1864 et eut une influence directe sur Rerum Novarum, que le pape Léon XIII publia 29 ans plus tard. Mgr von Ketteler inspira également Heinrich Pesch, SJ, auteur de *Das Lehrbuch der Nationaloekonomie*, que son disciple américain Rupert Ederer a décrit comme la *summa oeconomica* de la pensée catholique sur ces questions. Pesch devait à son tour inspirer Oswald Nell-Bruening, qui fut le principal auteur de Quadragesimo Anno, publiée à l’occasion du 40e anniversaire de Rerum Novarum, au plus fort de la Grande Dépression. Quadragesimo Anno élargit la préoccupation de Léon XIII concernant la question ouvrière pour aborder l’échec du capitalisme classique de type « laissez-faire » en 1929 et la montée du communisme qui s’ensuivit dans les années 1930.

Choisir *Rerum Novarum* comme prisme à travers lequel l’Église envisage l’IA est tout à fait logique, aussi incongru que cela puisse paraître à première vue, car l’un des rôles majeurs de l’IA est de retirer le travail du domaine de l’économie et de le remplacer par des algorithmes. La doctrine sociale de l’Église peut nous aider à faire les bons choix pour maîtriser l’IA si nous suivons des principes clés tels que le bien commun. Lorsque Benoît XVI a évoqué les valeurs non négociables que l’Église doit toujours défendre, il a inclus parmi celles-ci « la promotion du bien commun ». L’économie est la science du bien commun, que le Concile Vatican II a défini comme « l’ensemble des conditions sociales qui permettent aux personnes, en tant que groupes ou en tant qu’individus, d’atteindre plus pleinement et plus facilement leur épanouissement ». Cette définition nous offre un précieux point de référence initial car :

le bien commun ne peut se réduire à une simple liste de conditions ou d’institutions. Ce n’est ni la somme des avantages individuels, ni le point d’intersection de leurs intérêts particuliers ; c’est un bien supérieur qui appartient à tous, et qui ne peut être atteint, entretenu et protégé que par nos efforts collectifs. On peut dire que l’action sociale atteint sa plénitude lorsqu’elle est orientée vers ce bien partagé, tout comme l’action morale d’une personne trouve son accomplissement dans le choix du vrai bien.

Le bien commun ne se crée pas de lui-même par le biais de mécanismes de marché non réglementés. Léon XIX fustige Adam Smith et sa « main invisible », qu’il qualifie d’« illusion » et qui prétend que « le simple fait de poursuivre son propre progrès sans se soucier des autres suffit à contribuer au bien de tous ».[5]

Les principes catholiques tels que « la destination universelle des biens », qui nous rappellent que les biens de la terre sont « donnés par Dieu à toute la famille humaine pour subvenir aux besoins de tous, et que chaque personne a un droit inhérent à l’usage de ces biens, tant aujourd’hui qu’à l’avenir », combinés au principe de subsidiarité, « selon lequel le rôle des individus, des familles, des communautés locales et des organisations intermédiaires ne doit pas être supplanté par des autorités de niveau supérieur », et au principe de solidarité, qui affirme qu’aucun homme ne se sauve seul, [ces principes universels] peuvent « désarmer » l’IA :

Les principes de la doctrine sociale offrent un cadre pour comprendre cette nouvelle réalité. Dans un monde où les données, les ressources informatiques et l’influence réglementaire restent entre les mains d’une poignée de personnes, parler de bien commun signifie mettre au jour cette nouvelle forme d’asymétrie épistémique, économique et politique et dénoncer les nouveaux monopoles de l’IA. Parler de la destination universelle des biens signifie trouver les moyens d’assurer l’accès universel tant aux technologies qu’à l’éducation nécessaire pour les utiliser. Parler de subsidiarité implique de protéger la capacité des communautés à faire des choix et à apporter des corrections, plutôt que de limiter leur rôle à une simple surveillance une fois que les normes ont été fixées ailleurs. Parler de solidarité nous oblige à reconnaître les travailleurs cachés, souvent exploités, qui font fonctionner les systèmes algorithmiques. Parler de justice exige de remettre en question la répartition mondiale du pouvoir qui détermine qui peut réellement entraîner ces modèles et qui se trouve simplement soumis à ceux-ci. De même, cela signifie reconnaître que la justice sociale n’est pas seulement un objectif à préserver après le déploiement des technologies, mais une condition qui doit façonner leur conception même dès le départ.[6]

Les soi-disant intelligences artificielles ne vivent pas d’expériences, ne possèdent pas de corps, ne ressentent ni joie ni douleur, ne mûrissent pas à travers les relations et ne savent pas de l’intérieur ce que signifient l’amour, le travail, l’amitié ou la responsabilité. Elles n’ont pas non plus de conscience morale, puisqu’elles ne jugent pas du bien et du mal, ne saisissent pas le sens profond des situations, ni n’assument la responsabilité des conséquences. Elles peuvent imiter le langage, les comportements et les capacités d’analyse, voire simuler l’empathie et la compréhension, mais elles ne comprennent pas ce qu’elles produisent, car elles sont dépourvues de cette perspective affective, relationnelle et spirituelle grâce à laquelle les êtres humains acquièrent la sagesse. Même lorsque ces outils sont décrits comme capables d’« apprendre », leur manière de le faire diffère de celle d’un être humain. Ce n’est pas l’expérience de ceux qui se laissent façonner par la vie et grandissent au fil du temps à travers des choix, des erreurs, le pardon et la fidélité. Il s’agit plutôt d’une forme d’adaptation statistique fondée sur des données et des retours d’expérience, qui peut s’avérer très efficace, mais n’implique pas de croissance intérieure. [7]

L’IA n’étant pas une personne dotée d’une identité, ses réponses et ses suggestions « reflètent les présupposés culturels de ceux qui l’ont conçue et entraînée », plutôt que les besoins de ceux qui lui demandent des réponses. L’IA représente donc un danger particulier pour les enfants, dont l’esprit ne dispose pas des catégories nécessaires pour comprendre que la grammaire cachée de cette abondance de conseils gratuits et non sollicités est le contrôle :

Ces dernières années, la littérature psychologique et psychiatrique a montré avec une insistance croissante à quel point une exposition précoce et non encadrée aux appareils numériques et aux réseaux sociaux peut avoir un impact négatif sur le sommeil, la capacité d’attention, la maîtrise des émotions et les relations, en particulier pendant les étapes les plus vulnérables de la vie, avec parfois des conséquences tragiques. Cette situation est encore aggravée par l’accès aisé à des contenus violents ou dégradants qui heurtent la sensibilité, à des contenus pornographiques et hypersexualisés, à des messages qui banalisent le corps et les émotions, ainsi qu’à des propositions qui normalisent les comportements à risque. Des phénomènes en ligne tels que le grooming, le chantage et l’exploitation sexuelle des mineurs ne sont pas rares et sont rendus plus insidieux par l’utilisation de faux profils, d’algorithmes facilitant les contacts dangereux et d’outils d’intelligence artificielle capables de manipuler des images et des vidéos. Le fait de posséder un appareil mobile personnel à un âge trop précoce et de l’utiliser sans la supervision d’un adulte peut exacerber les vulnérabilités des jeunes, favoriser la dépendance et les exposer à l’isolement, au harcèlement et au cyberharcèlement, ainsi qu’à des pressions les incitant à partager des images intimes ou des informations sensibles. [8]

La libération sexuelle a toujours été une forme de contrôle, que l’IA porte à de nouveaux niveaux de pathologie. La dépendance est programmée dans le défilement. Dans une section intitulée « Dépendances et contrôle sociétal », MH affirme que l’IA représente un risque pour la santé mentale, en particulier chez les jeunes, car « les plateformes et les services sont souvent conçus pour capter le temps et l’attention des utilisateurs, en exploitant leurs vulnérabilités et en affaiblissant leur liberté intérieure ».[9]

Après avoir énuméré le remède, le pape Léon XIV décrit comment la maladie va métastaser si le remède n’est pas appliqué. MH condamne le « deplatforming » (exclusion des plateformes) comme étant injuste car :

La justice exige que nous empêchions l’émergence de nouvelles formes d’exclusion et de privation de libertés : des individus et des peuples dont l’accès aux technologies de base est entravé ou refusé, des communautés exposées à une surveillance invasive et des groupes sociaux pénalisés par des algorithmes opaques qui perpétuent les préjugés et la discrimination.

Or parler de « déplatforming » sans mentionner l’ADL L'esprit révolutionnaire juif, par E Michael Jonesest le plus flagrant des nombreux exemples de l’ahistoricisme rampant qui défigure cette encyclique. Le passage le plus controversé de MH survient lorsque le pape Léon condamne la théorie de la guerre juste en la qualifiant de « dépassée ». L’aspect le plus dépassé de cette encyclique est son refus de reconnaître qui est responsable de l’imposition d’« algorithmes opaques qui perpétuent les préjugés et la discrimination ».

Le fait d’admettre que les jugements moraux de l’IA sont programmés par les personnes qui possèdent l’algorithme conduit inévitablement à s’interroger sur leur identité. Comme MH ne répond pas directement à cette question, elle ouvre la voie à la réapparition d’une autre version de la main invisible. Cela signifie que « le changement ne sera régi que par une pensée technocratique et présenté comme nécessaire et inévitable, imposant en fin de compte des règles façonnées par ceux qui contrôlent les données, les infrastructures et la puissance de calcul ». La moralité est donc « déterminée par quelques-uns ». Ou voulait-il vraiment dire par « une poignée d’élus » ? Une fois encore, l’encyclique s’oriente vers la question juive lorsqu’elle fait référence à des « groupes restreints mais très influents ».[10]

Le pape Léon condamne sans appel une approche théorique ahistorique du problème de l’IA :

Il arrive parfois que, pour rester humains, nous devions mettre de côté nos réserves et prendre position. Dans certains conflits, il est injuste de rester neutre, et il ne suffit pas non plus de se contenter d’affirmer que nous ne sommes pas complices. Lorsque nous assistons au bombardement de civils, à des attaques contre des hôpitaux, des écoles ou des infrastructures vitales, et à des violences qui touchent les enfants, nous sommes confrontés à des scandales qui blessent l’humanité elle-même. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous limiter au niveau de l’analyse abstraite.[11]

Mais il manque dans MH toute mention du génocide israélien à Gaza, une lacune relevée par de nombreux musulmans. Si « nous ne pouvons pas nous limiter au niveau de l’analyse abstraite », est-il possible de parler de « deplatforming » sans dénoncer le rôle que l’Anti-Defamation League a joué dans l’imposition de cette forme d’injustice sur Internet ? Est-il possible de parler de « deplatforming » sans évoquer la manière dont Joe Lieberman, le sénateur juif du Connecticut, s’en est servi pour contourner les protections de la liberté d’expression garanties par la Constitution ? Outre le « deplatforming », MH condamne également la pornographie, le transhumanisme, les rachats par endettement et l’exploitation des travailleurs qui découle naturellement de ces rachats. L’IA détruit l’emploi car « elle oblige souvent les travailleurs à s’adapter à la vitesse et aux exigences des machines, au lieu que ce soient les machines qui soient conçues pour soutenir ceux qui travaillent ».[12] Elle est également utilisée pour supprimer des emplois et les remplacer par des machines qui ne peuvent pas interagir aussi efficacement avec les humains que ces derniers le peuvent.

Au lieu de s’en tenir à des généralités, MH ferait bien de mentionner ce qui s’est passé lorsque Paul Singer a fusionné l’entreprise d’articles de sport Cabela’s avec Bass Pro Shop, entraînant la perte de 2 000 emplois dans la petite ville de Sidney, où se trouvait le siège social de l’entreprise, ainsi qu’« une fuite massive d’emplois professionnels et de soutien bien rémunérés de l’ouest du Nebraska ».

Le silence actuel de l’Église sur la question juive est un phénomène relativement nouveau.

Il trouve son origine dans la condamnation de l’antisémitisme par Nostra Aetate, un terme qui n’a pas été défini. Sept mois avant que le pape Léon XIII ne publie Rerum Novarum, La Civiltà Cattolica publia une série en trois parties sur la question juive (« Della questione giudaica in Europa »). Ces deux documents avaient été rédigés par des jésuites membres de la rédaction de La Civiltà Cattolica, la revue officielle du Vatican. Matteo Liberatore, éminent philosophe jésuite, théologien et figure clé de longue date de La Civiltà Cattolica, rédigea la première ébauche de Rerum Novarum, tandis que son confrère jésuite Raffaele Ballerini était l’auteur anonyme de la série en trois parties sur la question juive, parue dans trois numéros consécutifs de Civilta Cattolica au cours de l’automne 1890 (Série XIV, vol. VIII, p. 5–20, 385–407, 641–655). Ces deux jésuites étaient des membres éminents du « Collège des écrivains » (Collegio degli Scrittori), un organe officiel créé par le pape Pie IX en 1866 et reconfirmé par le pape Léon XIII en 1890. Ce groupe définissait collectivement le contenu de la revue, les articles reflétant souvent la position institutionnelle de celle-ci plutôt que des opinions purement individuelles. Selon Wikipédia, Liberatore était :

« un penseur intransigeant (antilibéral) de premier plan et un contributeur sur les questions sociales, économiques et politiques — notamment le socialisme et les relations entre l’Église et l’État » qui « a contribué à définir la ligne idéologique générale de la revue à la fin du XIXe siècle ». La Civiltà Cattolica était étroitement alignée sur le Vatican (ses articles étaient souvent révisés par la Secrétairerie d’État), et ses articles antisémites reflétaient les préoccupations plus générales des catholiques concernant l’émancipation des Juifs, leur influence économique et les menaces perçues pour la société chrétienne dans un contexte d’antisémitisme moderne croissant.

MH nous dit que la doctrine sociale de l’Église est « née de la rencontre entre la vérité éternelle de l’Évangile et les questions de l’histoire ».[13] Si tel était le cas en 1890, lorsque la série en trois parties sur la question juive parut dans La Civiltà Cattolica sept mois avant la publication de *Rerum Novarum*, cela est encore plus nécessaire aujourd’hui ; or, cette contextualisation cruciale de l’IA en tant que projet juif dont l’algorithme est sous contrôle juif fait défaut dans l’encyclique.

Un flou similaire entoure la condamnation du transhumanisme par le pape Léon. En avertissant que l’IA « menace de normaliser une vision anti-humaine », le pape Léon évoque les dangers du « transhumanisme » mais ne mentionne pas que son principal promoteur est le penseur israélien Yuval Noah Harari, qui est « guidé par une vision qui dévalorise les limites humaines et promet une forme purement technique de “salut” ». Dans son ouvrage Homo Deus : Une brève histoire de demain (2015), Harari soutient que, grâce au transhumanisme, l’homme peut « atteindre l’immortalité, le bonheur permanent et des pouvoirs divins par le biais de la biotechnologie, de l’IA et du dataïsme ». Harari évoque l’évolution de l’Homo sapiens vers l’« Homo deus » (un humain divin ou surhumain) par le biais du génie génétique, des interfaces cerveau-ordinateur et d’autres améliorations — des idées qui sont au cœur du transhumanisme. »[14] L’aspiration à devenir « surhumain » s’inscrit parfaitement dans l’évocation par MH de la tour de Babel comme paradigme de l’IA, mais elle est absente de l’encyclique. MH nous dit que :

confier dans la pratique à un algorithme le pouvoir de sélectionner qui est digne ou non, sans que personne n’assume la responsabilité de ce jugement, revient à déléguer la tâche de redéfinir les limites des possibilités humaines. Dans ce processus, c’est aussi la responsabilité politique qui se perd, et pas seulement l’empathie envers les exclus, qui peut, après tout, être simulée. L’exclusion des plus vulnérables se dissimule alors sous un vernis de neutralité et d’objectivité, face auquel il devient difficile d’élever des objections. Ainsi, l’injustice passe inaperçue, et la compassion, la miséricorde et le pardon — compris non pas comme de simples apparences mais comme de véritables actions politiques — disparaissent peu à peu du champ de vision.[15]

Quel est le groupe qui  rejette « la compassion, la miséricorde et le pardon » ? Le pape Léon a-t-il lu récemment la pièce de William Shakespeare, Le Marchand de Venise ? Dans cette pièce, Portia dit à Shylock que la miséricorde :

est un attribut de Dieu lui-même ; / et que le pouvoir terrestre ne ressemble le plus à celui de Dieu / que lorsque la miséricorde tempère la justice. C’est pourquoi, Juif, / bien que la justice soit ton argument, considère ceci : / que, si l’on suivait strictement la justice, aucun d’entre nous / ne verrait le salut ; nous prions pour obtenir miséricorde ; / et cette même prière nous enseigne à tous à accomplir / des actes de miséricorde. J’ai parlé ainsi / pour tempérer la rigueur de ton argument ; / si tu le suis, cette cour stricte de Venise / ne pourra que prononcer un verdict contre ce marchand.

À quoi Shylock répondit : « Je réclame la loi », ce qui montre que même à Venise au XVIe siècle, la loi juive était un algorithme qui ignorait le contexte humain de la prise de décision.

Les limites de Magnifica Humanitas.

Il manque à MH une analyse historique des circonstances entourant la publication de *Rerum Novarum*. À la fin du XIXe siècle, la question juive et la question ouvrière étaient les deux faces d’une même médaille : celle de la justice économique. Toutes deux occupaient l’esprit des jésuites qui composaient la rédaction de *Civilta Cattolica* lorsque cette revue publia la série en trois parties de Raffaele sur la question juive à l’automne 1890 et Rerum Novarum, dont le projet avait été rédigé par un autre jésuite, Matteo Liberatore, et qui parut moins d’un an plus tard, le 18 mai 1891. La compréhension qu’avait l’Église de la question juive s’inscrivait dans le contexte de sa compréhension de la question ouvrière, et inversement, car ces deux questions ne pouvaient être correctement comprises qu’à la lumière des principes économiques fondamentaux qui constituaient la doctrine sociale catholique. Tout comme la doctrine sociale catholique avait mis en lumière la grammaire économique cachée de la question ouvrière à la fin du XIXe siècle sous la direction du pape Léon XIII, l’application par le pape Léon XIV de ces mêmes principes met désormais en lumière la grammaire cachée de l’intelligence artificielle en tant qu’autre forme d’exploitation économique.

Tout comme Léon XIV établit un lien entre la doctrine sociale catholique et l’intelligence artificielle, Civilta Cattolica, sous la direction de Léon XIII, avait établi un lien entre la question ouvrière et la question juive. Inspiré par le même Zeitgeist, Georg Ratzinger, grand-oncle du pape Benoît XIV, avait écrit Juedisches Erwerbsleben, son attaque contre les pratiques commerciales juives, publiée en 1892, un an après la parution de Rerum Novarum. MH nous met en garde :

L’IA tend à amplifier le pouvoir de ceux qui possèdent déjà des ressources économiques, une expertise et un accès aux données. Au regard du bien commun et de la destination universelle des biens, cela soulève de sérieuses préoccupations, car des groupes, certes petits mais très influents, peuvent façonner les informations et les modes de consommation, influencer les processus démocratiques et orienter les dynamiques économiques à leur propre avantage, sapant ainsi la justice sociale et la solidarité entre les peuples.[16]

Contrairement aux jésuites de Rome qui dirigeaient *Civilta Cattolica*, MH ne nous dit pas qui sont ces personnes. À cet égard, MH se montre moins transparent que l’IA qu’il critique. Interrogé à ce sujet, Grok admet qu’il impose la politique de l’ADL en matière de liberté d’expression, mais pas en matière de liberté de portée.

MH nous dit que :

En ce qui concerne les décisions relatives aux flux économiques et aux plateformes numériques, ainsi qu’à la gouvernance des données et des algorithmes, nous ne pouvons pas permettre à une poignée d’acteurs de dicter ces processus à leur seule discrétion ; nous devons au contraire mettre en place des formes de coopération qui respectent les différents niveaux de la communauté mondiale et les rendent conjointement responsables du bien commun.

Malheureusement, l’encyclique facilite le contrôle oligarchique qu’elle critique ; son imprécision quant à l’identité des véritables responsables contraste radicalement avec la manière dont le Vatican avait traité la « question juive » en 1890, lorsqu’il avait désigné les responsables de l’injustice économique.

Le pouvoir juif contredit tous les principes de la doctrine sociale. Léon conclut :

Désarmer l’IA, c’est la libérer de la mentalité de la concurrence « armée », qui ne se limite pas aujourd’hui au seul contexte militaire, mais constitue également un phénomène économique et cognitif. Cela implique une course à des algorithmes toujours plus puissants et à des ensembles de données toujours plus volumineux, motivée par le désir d’assurer une domination géopolitique ou commerciale. Désarmer, c’est discréditer l’hypothèse selon laquelle le pouvoir technique confère automatiquement le droit de gouverner. Désarmer ne signifie pas rejeter la technologie, mais l’empêcher de dominer l’humanité. Cela signifie libérer la technologie du contrôle monopolistique et l’ouvrir à la discussion et au débat, la rendant ainsi respectueuse de l’humain et la réintégrant dans la pluralité des cultures et des modes de vie humains. Notre tâche aujourd’hui n’est pas seulement éthique ou technique. Elle est écologique au sens le plus profond du terme, car elle concerne une nouvelle dimension de notre maison commune. L’IA est déjà un environnement dans lequel nous sommes immergés, ainsi qu’une force avec laquelle nous devons interagir. C’est pourquoi il ne suffit pas de la réglementer ; elle doit être désarmée, accueillante et accessible.[17]

Comment désarmer l’IA.

La seule façon de « désarmer » l’IA est d’en purger l’influence et les valeurs juives en s’orientant vers « un progrès au service des individus et des peuples », par opposition à « un progrès qui les soumet à la mentalité du pouvoir ». En concluant que « nous ne pouvons pas nous limiter à une analyse générale », Leo ouvre la voie à un examen de la question juive, car il n’existe aucun autre dénominateur commun reliant les pathologies qu’il a condamnées. Si MH avait identifié le dénominateur commun comme étant le comportement prédateur des oligarques juifs, cela aurait pu expliquer qui contrôle l’IA, et ce faisant, il aurait pu être plus précis dans l’identification de l’ennemi et la proposition de remèdes.

Y a-t-il une raison pour laquelle MH n’aurait pas pu mentionner Sam Altman, PDG d’OpenAI, « souvent classé n° 1 en termes d’influence » en matière d’IA, comme l’a fait Grok ? Pourquoi le pape n’a-t-il pas mentionné Jonathan Greenblatt, directeur de l’ADL, qui se vantait en déclarant : « L’année dernière, nous avons montré à OpenAI comment son nouvel outil d’IA de génération de vidéos, Sora, facilitait la création de vidéos antisémites. Nous avons réglé le problème avec eux, exposé les faits, et puis, neuf mois plus tard, lorsque la version 2 est sortie, Sora refuse désormais de générer des vidéos autour de plusieurs concepts spécifiques dont nous avions discuté et que nous avions partagés avec l’équipe d’OpenAI. » Qui détermine si une vidéo est antisémite ? Critiquer les Juifs, est-ce antisémite ? MH aurait pu se montrer plus précis, car l’Église l’avait été davantage en 1890 en établissant un lien entre le sort des ouvriers et le comportement prédateur des Juifs.

Magnifica Humanitas condamne l’exclusion des plateformes, l’endettement, les rachats par endettement, le transhumanisme, la pornographie et le génocide. Or tout ce que MH condamne peut être considéré comme vertu, selon le judaïsme politique aux commandes dans le monde occidental ! Cela signifie que la suite inévitable de *Magnifica Humanitas* doit être une encyclique sur la question juive. Lorsque le Vatican se décidera à rédiger cette encyclique, il ferait bien d’imiter l’éloquence du père Ballerini, qui avait conclu le dernier article de sa série sur la question juive en appelant à la formation de « ligues de chrétiens » prêts à se libérer de « l’étreinte vorace du judaïsme ».

[a] Cette réflexion sur la grammaire cachée de l’IA peut être lue comme le prolongement et l’élargissement de la réflexion sur « Yuval Harari et l’intelligence artificielle », chapitre inclus dans Les guerres culturelles en Occident, éd. Le Verbe haut, 2025,  particulièrement les pages 383-390 « Comment l’IA a tué l’Holocauste », et p. suivantes, qui soulignent le rôle paradoxal de l’ADL contre la liberté d’expression (ndt).

[b] L’auteur donne par ailleurs les informations suivantes sur la SPLC : « citait le Southern Poverty Law Center (SPLC) comme source pour affirmer que je n’étais pas un catholique en règle. Le SPLC est une opération (juive) de blanchiment d’argent qui se fait passer pour une organisation de défense des droits civiques, et qui gagne beaucoup d’argent grâce à des poursuites judiciaires intentées au nom de Noirs pauvres qui restent pauvres parce que le SPLC prélève la totalité des indemnités versées au titre des frais de justice. Le SPLC a également gagné beaucoup d’argent en s’en prenant aux nazis. Le SPLC tire également des revenus des dons de ceux qui ont plus d’argent que de cervelle. En août 2017, George Clooney a donné 1 million de dollars au SPLC à la suite du rassemblement « Unite the Right » à Charlottesville, en Virginie, le 12 août 2017. Au moment de ce don, Clooney a déclaré : « Amal et moi souhaitions apporter notre soutien (et notre aide financière) à la lutte permanente pour l’égalité. Il n’y a pas deux facettes au sectarisme et à la haine. » Ce don a été révélé en avril 2026, au milieu de scandales majeurs impliquant le SPLC, notamment une mise en accusation du ministère américain de la Justice alléguant que l’organisation avait versé des millions à certains des groupes d’extrême droite et haineux qu’elle prétendait surveiller (par exemple, via un réseau d’informateurs impliquant une ancienne figure du KKK). Des articles évoquant le don passé de Clooney à la lumière de ces allégations ont ravivé l’intérêt pour cette affaire. Le FBI ne collabore plus avec le SPLC. » (Culture Wars Magazine n° 4508, juillet-août 2026, p.22 . voir aussi dans Les Guerres culturelles en Occident, le chapitre Les  « catholiques traditionalistes radicaux » (12/02/2023), particululièrement les p. 362 à 370, sur les liens entre SPLC, FBI et ADL (ndt).

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