L’association Entre la Plume et l’Enclume rendit hommage Ă  Roger Garaudy, en 2012, sous la forme d’un film de 90’ « Limpide dans la noirceur du siĂšcle, Roger Garaudy ».

Roger Garaudy Ă©tait un idĂ©aliste, Ă©pris de recherche de la vĂ©ritĂ©, et un militant Ă©pris de justice : dans les deux milieux, celui des philosophes et celui du terrain, bien des gens ne l’aimaient guĂšre, on aurait voulu qu’il ne soit que la moitiĂ© de lui-mĂȘme.

Roger Garaudy le communiste

Un communiste qui frayait avec d’éminents catholiques, un militant de gauche qui frĂ©quentait les intellectuels d’extrĂȘme droite, (tel Alain de Benoist, qui lui rend longuement hommage dans notre film) cela ne rentrait pas dans les catĂ©gories des gens qui se laissent enfermer par l’idĂ©ologie. Mais ce n’était certainement pas une girouette ou un opportuniste ; on Ă©tait en prĂ©sence de quelqu’un qui voulait aller toujours plus loin que ses certitudes, comme le dit IsraĂ«l Shamir dans notre film, un homme qui aimait l’affrontement, qui avait du courage, et qui Ă©tait dĂ©sintĂ©ressĂ©.

Le moment le plus dur, pour lui, fut celui de son Ă©viction du parti communiste, en 1973 : il avait Ă©tĂ© le brillant orateur et vĂ©ritable ministre de la Culture du monde soviĂ©tique, et se retrouva paria, tous ses camarades de combat lui tournaient le dos. Il n’en revenait pas, c’était une noyade qu’il n’avait pas vu venir, et il voulait mettre fin Ă  ses jours.

SauvĂ© par l’islam

Mais il avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© sauvĂ© de la mort imminente antĂ©rieurement, lorsque, tout jeune professeur et rĂ©sistant Ă  Alger, il avait Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort par les autoritĂ©s militaires vichystes. Le jour de son exĂ©cution, en plein dĂ©sert, les trois AlgĂ©riens constituant le peloton d’exĂ©cution avaient refusĂ© de l’abattre, disant :  » l’islam nous interdit de tuer un homme dĂ©sarmĂ©. « 

Il Ă©tait donc naturel pour lui, aprĂšs avoir fait le tour des impasses du monde occidental, et se trouver rejetĂ© par ceux Ă  qui il avait donnĂ© sans compter ses connaissances, ses talents et son Ă©nergie, de songer Ă  s’acquitter de sa dette envers les musulmans.

Sur les traces de Louis Massignon

De façon fort logique, il approfondit alors sa culture islamique, sur les traces de Louis Massignon, autre esprit rebelle, inclassable, et vivement haĂŻ. Avec lui, il aimait considĂ©rer que les religions abrahamiques avaient des aspects complĂ©mentaires : le judaĂŻsme centrĂ© sur l’espĂ©rance, le christianisme sur la charitĂ©, l’islam sur la foi. Louis Massignon choisissait de ne voir dans les trois univers spirituels que les sommets de la thĂ©ologie et de la mystique universelle, mais il s’était investi dans l’anticolonialisme et le droit Ă  l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie, puis dans le refus de l’escroquerie sioniste. Garaudy le suivit pleinement, mais appliqua aussi son esprit critique et didactique sur les pratiques abusives se rĂ©clamant de chacune des religions abrahamiques. Le rapprochement des civilisations ne pouvait reposer que sur la loyautĂ© rĂ©ciproque.

Les Mythes fondateurs

Roger Garaudy

L’engagement dans le cadre du plus grand respect pour la spiritualitĂ© de chaque peuple avait toujours Ă©tĂ© le moteur de Garaudy, dans sa dĂ©nonciation du nazisme, du colonialisme français, du sionisme abusif. Toujours Ă  l’avant-garde des batailles de son temps, il publia Les Mythes fondateurs de la politique israĂ©lienne, en 1995, et fit dĂ©couvrir Ă  ses lecteurs la vilaine arnaque de l’industrie de l’Holocauste, selon les termes de Norman Finkelstein.

Sachant pertinemment qu’il lĂąchait lĂ  une bombe, il ne demanda pas de droits d’auteur Ă  aucune des maisons d’édition du monde entier qui reprirent la version française, rĂ©pandue par La Vieille Taupe, aprĂšs le refus des Ă©diteurs ayant pignon sur rue. Le feu se rĂ©pandit dans le monde arabe, jusque-lĂ  assez indiffĂ©rent aux mensonges concernant la guerre intra-europĂ©enne de 1940. L’antisionisme avait de nouveaux arguments, comme l’avait parfaitement formulĂ© Robert Faurisson Ă  la radio en 1980, en une simple phrase de 60 mots.

Roger Garaudy fut traĂźnĂ© devant la 17° chambre, chargĂ©e de punir les dĂ©lits relatifs Ă  la libertĂ© d’expression, et condamnĂ© par deux fois Ă  de lourdes amendes.  La militante Ă©cologiste Ginette Skandrani rendit compte des dĂ©tails de ce procĂšs inique dans son livre Ginette la rebelle.

Cela ne l’émut pas particuliĂšrement, il avait compris et dĂ©masquĂ© la caste qui usurpait la justice et la version officielle de l’histoire. Il enfonça le clou avec deux autres livres puissants, Le terrorisme occidental et Les États-Unis, avant-garde de la dĂ©cadence, oĂč il montrait la filiation entre la thĂ©orie de l’exceptionnalisme amĂ©ricain et les prĂ©tentions au statut de « peuple Ă©lu » au-dessus des lois, arrogant et sĂ»r de lui, de certains malfaiteurs bien connus. Le PĂšre Michel Lelong, fondateur des Groupes d’amitiĂ© islamo-chrĂ©tienne, le dĂ©fendit dans tous ces derniers combats.

Livre de Roger Garaudy : La terrorrisme occidental       Livr de Roger Garaudy : Les États-Unis, avant-garde de la dĂ©cadence

Mensonge et prédation

NĂ© en 1913, Roger Garaudy fut heureux de livrer son dernier combat Ă  nouveau Ă  une Ă©chelle internationale. Pour lui, le mensonge n’était pas la cible principale de son indignation, ce n’était que l’un des aspects prĂ©visibles du cynisme des prĂ©dateurs. Certes, le mensonge est le marchepied du crime, mais c’est l’oppression des faibles, les abus des puissants, qui l’avaient toujours scandalisĂ©. Et le sionisme n’était, pour lui, qu’une nouvelle entreprise nĂ©o-coloniale.

Don Quichotte selon Daumier et Cervantes

Il se voyait en Don Quichotte, solaire, osseux et Ă©purĂ© selon la vision qu’en a donnĂ© HonorĂ© Daumier. Si on lui avait dit qu’il combattait des moulins Ă  vent, et non pas de fĂ©roces gĂ©ants, il aurait rĂ©pondu, avec le gĂ©nie souriant de Cervantes lui-mĂȘme, que les ogres savent se cacher derriĂšre les mĂ©dias, se dĂ©guiser en inoffensifs moulins Ă  vent.  Car Ă  toutes les Ă©poques, les mĂ©dias qui fabriquent l’opinion dominante et veulent l’imposer ne brassent que du vent. Le rĂ©el, le vĂ©ritable, ce sont les combats Ă  livrer dans tous les contextes, entre les monstres gigantesques et les guerriers pour la justice guidĂ©s par l’amour, ceux qu’on qualifie de fous ou de rĂ©volutionnaires. Que l’on se moque d’eux et qu’on les roue de coups, cela n’y change rien, ils sont dans le vrai.

L’hĂ©ritage prophĂ©tique

Que reste-t-il, dix ans aprÚs sa mort, de la vaste production et de la somme des combats de Roger Garaudy, toujours « à contre-nuit » comme il aimait à le dire ? Si internet, qui commence son essor en 1996, « signifie la victoire de Faurisson », les réseaux sociaux sont devenus une caisse de résonance prodigieuse des faits contre les impostures.

Les mensonges officiels, et les crimes de masse qu’ils permettent et consolident, ne concernent plus seulement certains Ă©pisodes de la Seconde guerre mondiale, mais sont devenus le rĂ©acteur nuclĂ©aire du systĂšme de gouvernance occidentale, et la jeunesse le sait. L’esprit critique dĂ©borde de fĂ©conditĂ©, la Russie a repris sa grandeur et sa hauteur de vue, l’eurocentrisme provincial, que dĂ©nonçait dans notre film le chercheur tunisien Ali Menjour, est battu par la multipolaritĂ© qui s’organise Ă  tous les niveaux.

Le rapprochement entre croyants musulmans et chrĂ©tiens se consolide autour d’un axe, le rejet de l’usurpation oligarchique, non seulement en Palestine, mais tous azimuts, dans le monde occidental tout entier. Les efforts titanesques de Roger Garaudy donnent leur fruit, et nos ennemis le savent. Le combat continue, toujours inspirĂ© par son idĂ©alisme prophĂ©tique.

A contre-nuit
j’ai refusĂ© les routes de la plaine,
Ă  contre-nuit
la transparence des destins.
Et l’arbre n’est pas mort :
une branche fleurit, rien qu’une branche,
narguant les fossoyeurs.

Roger GARAUDY

Extrait de « A contre-nuit », poÚme, 1987

 

 

Articles recommandés

Laisser un commentaire